Extrait n°2. La Montagne des Délices

Le « congo » Zinga, le voleur de poule, conformément au Code Noire, va se voir infligé en punition 20 coups de fouet.

Tous les esclaves avaient été réunis devant la Grand-Case, hommes, femmes et enfants. A distance, leur faisant face, le maître et la maîtresse entourés des autres Blancs et des enfants de l’habitation, André Théron, les domestiques et les mulâtres. Le premier d’entre eux et régisseur, Ulysse, présidait la séance.

A mi-distance, vêtu d’un simple pagne, le congo Zinga gisait sur le dos, bras et jambes écartés à même le sol, poignets et chevilles attachés à de courts piquets fichés en terre. A côté de lui, brandissant son fouet, César se dressait, longue silhouette dans sa redingote noire, coiffé de son chapeau emplumé de blanc pour la circonstance.

Au signal d’Ulysse, le fouet de César s’abattit sur le torse du voleur, soulevant une faible plainte du congo, et un oh ! de la foule des esclaves assemblés, particulièrement des femmes et des enfants, au premier rang. André, qui n’avait jamais assisté à pareil spectacle, s’efforçait de garder le même sang-froid qui pétrifiait le visage des maîtres. . Au fur et à mesure que les coups tombaient, à l’unisson de leur rythme le murmure émanant des esclaves s’amplifiait. Les plaintes de Zinga sous le fouet, elles, surmontaient la rumeur et déchiraient l’air avec régularité.

Au vingtième coup de fouet, le silence retomba sur l’habitation Cloupet. Les enfants s’égayèrent en courant, bientôt suivis des mères à la démarche indolente. Seuls les hommes attendaient que César, assisté de deux de ses commandeurs, ait fini de détacher Zinga ; lui toquant les mollets à petits coups du manche de leur fouet, ils l’aidaient à se relever ; le torse ensanglanté du grand congo apparut alors à toutes ces hommes noirs qui, seulement alors, commencèrent à se retirer…André était stupéfait ! Sur toutes ces faces d’ébène, pas une once de commisération, de tristesse, pas une trace de colère rentrée non plus, la résignation… l’indifférence la plus totale…un vide insondable.

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