Extrait n°3. La Montagne des Délices

Jean-Louis Bator est tué dans une embuscade tendue  à Bouckman, chef des révoltés du Nord. Ancien condisciple d’André et Jacques-Dominique Sabourin au Collège Royal de La Rochelle, « Ami des Noirs », libre de couleur, Etienne-Henry Harouard du Beignon en avait fait le procureur de ses deux immenses plantations.

PJ 7 Noirs Baîonnette REDans la nuit du 22 août 1791, un peu avant minuit, venu de loin, on entend le son d’un lambi, bientôt suivi d’autres appels de conques, se répondant de montagnes en forêts. Des mornes à la mer, le long mugissement des buccins fait un immense et lugubre concert. Car, à la même heure, les esclaves des habitations, Trème, Turpin, Clément, Flanth, Noé, se révoltent .Partout l’on massacre les maîtres blancs. Les émeutiers sont armés de pieux, d’outils, de serpes, de machettes. Personne n’est épargné, ni femmes, ni enfants. On tue, on viole, on égorge, on défonce les poternes, on trempe ses bras dans le sang des blancs. On rivalise d’invention dans les supplices. Toutefois, quelques colons, connus pour leur humanité sont sauvés par leurs esclaves et conduits en lieu sûr. Partout des incendies. Plusieurs nuits durant, un immense halo rouge que reflètent au loin les nuages, terrifie les blancs du Cap et des bourgs.

Les chefs sont à la manœuvre. Et ce ne sont pas les moins ardents dans ce déchaînement de fureur. Jeannot n’hésite pas à faire scier des colons entre deux planches. Peu à peu la révolte gagne du terrain. Bouckman, réputé invulnérable, entraîne sa troupe plus au nord, vers l’Acul. L’objectif est l’habitation Harouard à Pointe d’Yaque. On en est au deuxième jour du soulèvement, Jean-Louis Bator est sur place. Averti depuis la veille par Jonathan, gérant de l’habitation de l’Acul, Bator est venu en toute hâte, avec une quinzaine d’hommes de la milice personnelle qu’il a formée à « Saint-Michel », la plantation principale.

Bator, quelles que soient ses convictions, est décidé à barrer la route aux émeutiers. Il a donc placé quelques « sonnettes » sur les pistes d’accès à « Pointe d’Yaque » et prévu d’intervenir  au sortir des grands mornes du sud.  Le dispositif est en place. En  fin de matinée, arrive au carrefour des chemins, la horde hurlante et gesticulante des révoltés – une bonne cinquantaine à première vue – conduite par Bouckman, reconnaissable à sa taille. Jean-Louis Bator surgit de la ravine bordant la route et, sans arme, les deux bras en l’air, se plante sur le chemin, à une vingtaine de toises du grand 8les émeutiers dans la nasse…

– Mon frère Bouckman, je suis noir comme toi, et né au pays Mossi, là-bas chez notre mère l’Afrique. Mon nom est Bator. Tu me connais.

– Oui, je te connais, tu es un affranchi des blancs et tu règnes en potentat sur des centaines d’esclaves…

– Si tu me connais, tu sais au contraire que je suis un ami des Noirs, et que jamais mes esclaves n’ont eu à souffrir d’injustice et de mauvais traitements dans mes habitations.

– Nous les Noirs, on ne croit plus les belles promesses de liberté des Blancs, et encore moins celles des affranchis comme toi, « noirs » ou « mulâtres ». Laisse-nous passer !

Derrière Bouckman, les vociférations reprennent. Brandis à bout de bras, bâtons, coupes-coupes et couteaux s’agitent. Ça trépigne. Ça avance. Bouckman lève en l’air un bras et fait mine d’avancer. Un coup de feu claque, parti du bout de la route. La fusillade éclate.  Bouckman s’est effondré. C’est la ruée, le corps à corps. Jean-Louis Bator n’a pas le temps de reprocher à Jonathan, son adjoint, son non-respect des consignes. Une serpe lui ouvre la tête… trois, quatre, cinq couteaux l’égorgent et lui ouvrent la poitrine…

C’en est fini. L’affrontement n’a duré que quelques minutes. Les émeutiers se sont égayés dans la nature laissant leurs morts sur place.

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